Génocide, mémoire, négationnisme et les médias québécois : l’affaire Léon Mugesera

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du numéro 26 des Cahiers du journalisme

Dominique PAYETTE

Professeure agrégée, Département d’information et de communication, Université Laval

Depuis les années 1960, les liens entre le Rwanda et le Québec sont étroits. En tant que société francophone, le Québec a contribué au développement du Rwanda indépendant lorsque celui-ci a cherché à prendre ses distances de la Belgique, son colonisateur. Le Québec faisait figure d’allié idéal du Rwanda dans ses premières années d’indépendance et de nombreux projets de coopération sont ainsi nés au cours de cette période. Est-ce malgré ces liens ou à cause d’eux ? Toujours est-il que le génocide des Tutsis du Rwanda n’est toujours pas clairement interprété au Québec.

Cet article examine deux obstacles à une représentation juste de ce tragique évènement : une tendance lourde à interpréter l’Afrique subsaharienne d’une manière négative comme toile de fond, et le second, à présenter ce sujet comme éminemment complexe, ce qui rendrait sa compréhension impossible en dehors d’un cercle restreint de spécialistes. Pourtant, en réalité, la situation générale de l’Afrique subsaharienne n’est pas seulement négative, et le génocide des Tutsis du Rwanda n’est pas un évènement dont la compréhension est hors de portée du plus grand nombre. Pour illustrer ces constats et vérifier cette hypothèse, nous examinerons la couverture médiatique de l’extradition du Rwandais Léon Mugesera, du Canada vers son pays d’origine en janvier 2012, à travers trois grands quotidiens du Québec : La Presse, Le Devoir et Le Soleil.

Les représentations de l’Afrique subsaharienne

Il faut tout d’abord comprendre que les représentations de l’Afrique subsaharienne dans les médias québécois sont généralement négatives. L’impact social de ces constructions négatives ne fait pas de doute puisque les médias sont, dans notre société, les instruments principaux de la construction de nos représentations. Pour arriver à décrire la réalité, les médias doivent ramener des sujets ou des évènements à une petite portion susceptible d’être appréhendée. Il ne s’agit pas ici de porter un jugement de valeur : pas plus les journalistes que les sociologues ne sont en mesure de rendre compte de toutes leurs observations dans le développement d’un sujet d’étude. Dans tous les cas, il faut choisir puisqu’on ne peut pas rendre compte de tout. L’objet des méthodes des sciences sociales consiste à donner à ces représentations – indispensables pour appréhender le réel – une forme qui s’apparente le plus possible à la vérité scientifique. Il est aussi souhaitable que les représentations des médias traduisent la réalité de leur mieux (Cramer & McDevitt, 2004) pour permettre à ceux et celles qui en prennent connaissance de se faire une idée juste de la réalité décrite dont ils n’auront vraisemblablement pas d’expérience directe.

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