Facebook : les leçons d'une vaste expérience psychologique controversée

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du site web du quotidien français Le Monde

Par Martin Untersinger

Rarement un article de recherche en sciences sociales n'avait autant fait parler de lui. Celui publié le 17 juin dans la prestigieuse revue américaine PNAS (« Proceedings of the National Academy of Sciences ») a depuis largement tourné sur les réseaux.Trois chercheurs ont modifié pendant une semaine, en janvier 2012, le contenu du fil d'actualité de 689 003 utilisateurs de Facebook afin de savoir si les émotions étaient « contagieuses ». Pour savoir si elles pouvaient, à l'instar d'une maladie, se propager d'un individu à un autre via Facebook, les chercheurs ont essayé de savoir si, lorsqu'on diminuait le nombre de posts positifs d'une part, et le nombre de posts négatifs d'autre part, la manière de poster de l'internaute était influencée. Bref, de savoir si lire des contenus tristes ou joyeux incitent à poster des contenus similaires

Au-delà des questions éthiques, que nous apprennent les chercheurs ? Et ces résultats tiennent-ils scientifiquement la route ?

Oui, sur Facebook, les émotions semblent contagieuses

Les chercheurs ont constaté que lorsqu'on diminuait le nombre de posts contenant des mots positifs dans le fil d'actualité d'un utilisateur, la part de mots positifs dans ses interventions diminuait et celle des mots négatifs augmentait. Symétriquement, les utilisateurs exposés à moins de mots négatifs exprimaient également moins de mots négatifs et davantage de termes positifs. L'effet est d'ampleur similaire selon que ce sont les contenus positifs ou négatifs qui sont expurgés du fil d'actualité En résumé, les messages en ligne influencent nos émotions et donc nos comportements, en ligne et hors-ligne. Quiconque a passé du temps en ligne s'en était rendu compte ; mais étrangement, personne n'avait encore essayé de le prouver.

Plus proche du rhume que d'Ebola

Les chercheurs le reconnaissent eux-mêmes : si contagion il y a, elle est marginale. Cela ne les empêche pas de relativiser cette portée limitée avec deux arguments : tout d'abord, de nombreux autres facteurs (en ligne et hors ligne) interviennent dans la formation de l'humeur d'un individu. Il est donc selon eux significatif de pouvoir le faire à travers l'étroit canal de Facebook. Ensuite, ils expliquent que du fait de la taille de Facebook, la moindre variation, fût-elle minime, a de grandes conséquences.

Les sentiments sont contagieux, même par écran interposé

Cet article nous apprend également que cette contagion émotionnelle intervient à travers un réseau social en ligne, sans face-à-face, par le seul biais d'un texte, comme le fil d'actualité, qui n'est pas spécifiquement adressé à une personne. Les chercheurs expliquent que c'est la première fois qu'un tel phénomène est observé et quantifié.

Le bonheur des uns ne fait pas le malheur des autres

Sur les réseaux sociaux, voir des gens heureux peut nous rendre malheureux, croyait-on savoir. Cela semble ne pas être le cas : lorsque mes amis expriment des sentiments positifs, cela influe positivement sur les miens. Voir des gens heureux sur Facebook ne nous rend pas, par comparaison, malheureux.

L'émotion, carburant de l'implication sur les réseaux sociaux

Le retrait de contenus comportant des mots positifs ou négatifs ont eu le même effet : dans les deux groupes, les utilisateurs de Facebook ont moins posté (0,3 % de moins pour ceux qui voyaient moins de contenu négatif et 3,3 % de mots en moins lorsqu'on omettait des mots positifs). Preuve, s'il en fallait, que les internautes réagissent (et donc commentent, partagent, « aiment ») aux émotions (et même un peu plus aux émotions positives).

La suite de cet article sur le site du journal Le Monde au bout de ce lien.

Pour me joindre :

ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc