Ces «bons gars» qui tuent leur conjointe...

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du Huffington Post

Ce texte est cosigné par Isabelle Côté, candidate au doctorat en service social de l'Université de Montréal, et Simon Lapierre, professeur à l'École de service social de l'Université d'Ottawa.

Nous apprenions récemment qu'une autre femme, cette fois-ci en Outaouais, a été tuée par son conjoint. Encore une fois, ces événements se sont produits au moment où la femme avait décidé de quitter son conjoint. Ce scénario est si fréquent que, bien que de telles situations soient à la fois tristes et choquantes, elles ne sont plus très surprenantes

Pourtant, lorsque les journalistes interrogent des gens dans l'entourage des agresseurs, souvent des connaissances ou des voisins, ces derniers se disent généralement surpris par ces gestes de violence extrême. Ils mentionnent très souvent que ces hommes sont de "bon gars", de "bons voisins" et de "bons pères de famille", mais aussi qu'ils habitent dans des "quartiers tranquilles" où de telles situations ne devraient pas se produire - "on ne pensait jamais que quelque chose comme ça arriverait ici".

Le discours du "bon gars"

Dans ces circonstances, nous avons entendu : "c'est pourtant un bon gars, il nous saluait toujours lorsqu'il nous croisait dans la rue". Ou encore : "c'est pourtant un bon père, on le voyait toujours avec ses enfants". De telles affirmations, qui nous en apprennent bien peu sur les hommes concernés, n'apportent aucun éclairage sur les incidents de violence (homicides) et sur le contexte dans lequel ils s'inscrivent. Elles envoient aussi un message ambigu aux personnes qui pourraient être confrontées à une situation similaire.

Si les gens sont surpris qu'un homme qui les saluait dans la rue ou qui s'occupait de ses enfants puisse être violent à l'endroit de sa conjointe, au point de la tuer, c'est parce qu'ils ont encore une image très stéréotypée du "batteur de femme". En effet, plusieurs personnes continuent de penser que les hommes qui ont des comportements violents à l'endroit de leur conjointe sont facilement identifiables, des genres de "monstres" avec une personnalité asociale, ou encore qu'ils sont pauvres, sans éducation, sans emploi, etc.

Pourtant, les hommes qui ont des comportements violents sont issus de tous les groupes de la société, de toutes les classes sociales, ils ont divers niveaux d'éducation, et ils occupent toutes sortes d'emplois. Ces hommes ne sont pas nécessairement violents dans toutes les sphères de leur vie. Bien des hommes peuvent utiliser la violence à l'endroit de leur conjointe, alors qu'ils ne sont jamais violents à l'endroit de leurs collègues de travail ou de leurs amis. De plus, ils ne sont pas nécessairement toujours violents à l'endroit de leur conjointe - la violence conjugale s'inscrit généralement dans un cycle, avec des épisodes de violence et des épisodes de lune de miel et de latence.

Et celui du "quartier tranquille"

La même logique opère lorsque les gens expriment leur surprise parce qu'ils habitent dans un "quartier tranquille" ou dans un "bon voisinage". En effet, plusieurs personnes ont l'impression que la violence conjugale est l'apanage de certains quartiers plus défavorisés économiquement ou de certaines communautés culturelles. Pourtant, comme les hommes qui ont des comportements violents sont issus de tous les groupes de la société et de toutes les classes sociales, ce problème se retrouve dans tous les quartiers et dans tous les villages.

D'ailleurs, contrairement à plusieurs autres crimes, la violence conjugale est un crime qui se produit derrière des portes closes. Évidemment, les agresseurs ne dénoncent pas ces incidents. Les femmes et les enfants gardent souvent le silence, parce qu'ils ont peur ou parce qu'ils ont honte. Même si elle n'est pas visible de l'extérieur, ça ne veut pas dire qu'elle n'est pas présente...

Un discours qui ne s'applique pas également à tous les hommes

Par ailleurs, le discours du "bon gars" ne s'applique pas également à tous les hommes, renforçant ainsi les privilèges de certains groupes d'hommes. Par exemple, les hommes blancs sont beaucoup plus susceptibles que les hommes issus de certaines communautés ethnoculturelles d'être décrits comme de "bons gars" lorsque de telles situations se produisent. Le statut social, professionnel et économique des hommes est aussi déterminant.

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