Bras de fer entre Pékin et des médias anglo-saxons

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du site web du quotidien français Le Figaro

La Chine pourrait expulser 24 journalistes en raison de leurs enquêtes sur les leaders de la République populaire.

(Correspondant à Pékin)

Après avoir renforcé son contrôle de la Toile chinoise, Pékin engage le bras de fer avec les médias anglo-saxons. Vingt-quatre journalistes employés par le New York Times et l'agence Bloomberg en Chine risquent l'expulsion du pays d'ici à la fin de l'année, alors que le pouvoir chinois bloque le renouvellement de leur accréditation. Le problème a pris de telles proportions que le vice-président américain, Joe Biden, a rencontré les journalistes américains concernés lors de sa visite dans la République populaire la semaine passée.

«L'innovation s'épanouit là où les gens respirent librement, parlent librement, peuvent contester l'orthodoxie et où les journaux peuvent relater la vérité sans en redouter les conséquences», a lancé Biden, à Pékin, devant les hommes d'affaires américains installés en Chine. Il leur a dit avoir exprimé son «profond désaccord» à ses interlocuteurs chinois à propos de leur «façon de traiter les journalistes américains».

Des sites bloqués après la parution d'enquêtes

Les autorités chinoises bloquent le renouvellement annuel de la carte de presse et par conséquent du visa de journaliste de deux douzaines de correspondant en Chine du NYT et de Bloomberg en raison de la couverture de la République populaire dans leurs médias. À moins d'un revirement de dernière minute des autorités, ces journalistes pourraient donc être expulsés progressivement de Chine dans le courant du mois de décembre au fur et à mesure que leurs visas expirent.

Le site du New York Times en mandarin, ainsi que son site en anglais, a été bloqué en octobre 2012, quatre mois après son lancement, à la suite de la publication d'une enquête sur la fortune amassée par la famille de l'ancien premier ministre, Wen Jiabao. Un site du NYT consacré à l'art de vivre a aussi été bloqué cet automne. Et depuis que le quotidien a publié une enquête, le 13 novembre, révélant que la fille de Wen Jiabao avait été employée par JPMorgan, alors qu'il était en fonction, les journalistes du NYT sont privés du renouvellement de leurs accréditations.

La censure sur Internet renforcée

Après la publication par Bloomberg d'une enquête sur la fortune de la famille du président Xi Jinping, les banques d'État chinoises se sont désabonnées de ses informations financières. Selon le New York Times, l'agence américaine a récemment empêché la publication d'une nouvelle enquête sur le pouvoir chinois, par crainte des représailles… Cependant, la publication de cette nouvelle a visiblement suffi à elle seule à provoquer l'ire de Pékin, qui bloque les accréditations des correspondants de Bloomberg. La semaine passée, le premier ministre britannique, David Cameron, avait aussi protesté contre le traitement réservé aux journalistes, alors qu'un correspondant de Bloomberg l'accompagnant avait été empêché d'assister à une conférence de presse par les autorités chinoises. Pékin a cependant démenti avoir bloqué le journaliste de Bloomberg.

Les sites Internet de l'agence Thomson-Reuters et du Wall Street Journal sont aussi bloqués en Chine. Alors que le président Xi Jinping a engagé des réformes significatives pour le pays, annoncées à l'occasion du troisième plénum du Parti communiste chinois, début novembre, il a aussi renforcé la censure sur Internet et durcit le ton face aux médias étrangers.

Sur ordre du pouvoir, la presse officielle chinoise s'insurge ainsi contre «les valeurs universelles» - notamment la liberté d'expression et des médias ainsi que les valeurs démocratiques - véhiculées par Internet et les médias occidentaux. Le président Xi, qui a lancé une vaste campagne de lutte contre la corruption, promettant de s'attaquer aussi bien aux «mouches» qu'aux «tigres» - hauts dignitaires et petits fonctionnaires - entend bien mener sa croisade sans intervention extérieure, ni mécanismes de contrôle «indépendant».

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