Une juge a fait écouter un journaliste du quotidien Le Monde

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du site web du quotidien français Le Monde

Par Franck Johannès

C'est devenu une détestable habitude : la police a, sur ordre d'un juge, à nouveau exploré les factures téléphoniques détaillées – les fameuses fadettes – de deux journalistes du Monde dans une banale affaire de presse. Mais cette fois, les enquêteurs ont été plus loin, et toutes les conversations de l'un des reporters ont été écoutées pendant un mois entier – trois ans après le délit supposé. L'affaire, déjà un peu ancienne, remonte à 2009, mais les avocats du quotidien n'en ont eu connaissance que début juillet, lorsqu'il leur a été permis pour la première fois de consulter le dossier.

Cette fois, c'est particulièrement grave. Le secret des sources n'est pas un privilège pour les journalistes, soumis, comme tout le monde, au droit commun. C'est la garantie essentielle d'une information indépendante, dont le principe a été constamment rappelé par la Cour européenne des droits de l'homme, qui y voit "l'une des pierres angulaires de la liberté de la presse". Le Monde doit déposer cette semaine une requête en nullité devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris.

C'est un article sur "le gang des barbares" qui a déclenché la procédure. Piotr Smolar et Gérard Davet ont publié, le mardi 21 mars 2006, dans Le Monde daté 22 mars, un long article détaillé intitulé, "Meurtre d'Ilan Halimi : le récit des geôliers". Ilan Halimi était ce jeune homme séquestré et torturé pendant trois semaines au début de l'année 2006 dans une cave de Bagneux parce qu'il était juif, et qui a été découvert à l'agonie le 13 février 2006, le long d'une ligne de RER.

Pour la première fois, la vingtaine de personnes mises en cause, et notamment leur chef, Youssouf Fofana, racontaient le calvaire du jeune homme, et l'article, qui ne s'en cachait nullement, s'était appuyé sur leurs auditions devant les policiers de la brigade criminelle.

L’article au complet sur le site web du Monde au bout de ce lien.

Pour me joindre :

ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc