Reporters sans frontières dénonce la saisie de relevés téléphoniques d’Associated Press

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Communiqué tiré de la lettre hebdomadaire en ligne de Reporters Sans Frontières

Reporters sans frontières considère comme une entorse gravissime à la liberté d’information la violation de correspondances téléphoniques commise par le Département fédéral de la Justice au préjudice de l’agence Associated Press (AP).

Le Département a informé AP, dans un courrier en date du 10 mai dernier, de la saisie des relevés de vingt lignes téléphoniques assignées à l’agence au cours des mois d’avril et mai 2012. Ce courrier ne précise néanmoins ni les motifs ni les arguments juridiques du procédé.

Cette saisie aurait eu pour but de tracer l’identité des informateurs de l’agence de presse. AP avait, en effet, révélé, dans une dépêche en date du 7 mai 2012, une opération de la CIA au Yémen visant à déjouer un attentat aérien d’Al-Qaïda. La saisie concerne plusieurs bureaux d’AP aux Etats-Unis, mais aussi sa ligne principale de la salle de presse de la Chambre des représentants ainsi que des numéros personnels, dont ceux de cinq journalistes et d’un rédacteur en chef à l’origine des révélations du 7 mai 2012.

“Nous souscrivons aux paroles de Gary Pruitt, le directeur général d’AP, qui dénonce une ‘intrusion massive et sans précédent’ dans un courrier adressé au ministre de la Justice Eric Holder, le 13 mai 2013”, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

“Reporters sans frontières demande au Département de la Justice d’accéder sans délai à la demande d’AP de lui rendre – ou de détruire – les relevés téléphoniques saisis. Nous estimons également que des faits aussi contraires aux garanties constitutionnelles appellent un examen devant une commission d’enquête du Congrès.”

“Reporters sans frontières constate avec regret que l’administration fédérale actuelle n’a pas rompu avec les pratiques en vigueur sous le double mandat de George W. Bush qui ont sacrifié la protection des données privées et surtout le droit des citoyens à être informés, garanti par le Premier amendement”, poursuit Christophe Deloire.

“Cette affaire démontre la nécessité d’une loi fédérale en matière de protection des sources (federal shield law). Un principe que 34 États de l’Union reconnaissent, à divers degrés, dans leur législation.