Le juge Richard Nadeau discrédite le journalisme d'enquête

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Communiqué de presse de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec

MONTRÉAL - La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) dénonce les commentaires du juge Richard Nadeau de la Cour supérieure qui discréditent le journalisme d'enquête au Québec. Dans son jugement rendu public cette semaine, visant un reportage de l'émission J.E. diffusé par TVA en 2004, le juge Nadeau dénigre toutes les émissions d'enquêtes:

« Tout le monde connaît les émissions d'enquêtes, à commencer par les grandes émissions américaines d'il y a 30 ans ou plus, dont le célèbre « 60 minutes »! Ici, on connaît la popularité de J.E., celle de « Enquête » ou de « La Facture » de Radio-Canada depuis longtemps. (…)

C'est un « tribunal » public (certains parleront de « lynchage » ou d'inquisition) où les participants sont souvent blancs (victimes) ou noirs (escrocs, etc.), sans droit de regard et sans possibilité de se défendre. » « Et dès que cette opinion du public s'est faite, souvent à partir d'informations tronquées, triées et sélectionnées pour attirer l'attention en quelques minutes, le verdict est cruellement définitif pour ceux qui sont visés…puis les gens passent à autres choses!»

Le juge Nadeau se permet ainsi, à l'occasion d'un procès particulier, de porter un jugement général très négatif sur le journalisme d'enquête, une opinion qui n'est fondée que sur ses propres préjugés envers les médias.

Ces propos, qui ne concernent pas la cause elle-même, sont inquiétants. Quelle sera son impartialité dans les jugements qu'il aura à rendre à l'avenir dans des procès impliquant des médias puisqu'il annonce que son opinion est déjà faite? Contrairement à ce que dit le juge, le journalisme d'enquête s'exerce au Québec avec un très grand soin et dans le respect des meilleures normes du journalisme. Il est faux de prétendre que les «escrocs» n'ont pas l'occasion de donner leur point de vue.

La FPJQ doit-elle rappeler au juge que des commissions d'enquête telles que les commissions Charbonneau et Gomery sont nées grâce au journalisme d'enquête? Que saurait le public aujourd'hui des liens douteux entre la construction, la mafia et le financement des partis politiques si ce n'était du journalisme d'enquête qu'il prend à partie? Sans les médias pour dévoiler ces faits, le public serait resté dans l'ignorance. Le journalisme d'enquête doit être encouragé, et non dénigré, au Québec. C'est une question d'intérêt public.

Pour me joindre :

ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc