La Charte des valeurs relance le débat sur la place des communautés dans les médias

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré de ProjetJ.ca, une initiative soutenue par la Fondation pour le journalisme canadien et des universités

Jamais depuis la Commission Bouchard-Taylor en 2007-2008, les médias n’avaient donné autant la parole aux représentants des communautés culturelles, que depuis les premières fuites concernant le projet de Charte des valeurs québécoises. Une visibilité soudaine, révélatrice du peu de place qu’elles occupent en temps normal, tant dans les journaux que sur les plateformes audiovisuelles.

Ce texte est le premier d'une série sur la place des communautés dans les médias québécois. Des entrevues suivront.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Depuis un mois, les femmes voilées se succèdent face caméra pour crier haut et fort qu’au risque de perdre leur emploi, jamais, au grand jamais, elles ne remiseraient le hijab.

Couverture stéréotypée? Il faudra que des chercheurs se penchent sur la question dans le futur pour le savoir. Mais force est de constater que les études sur la place des communautés culturelles et des minorités visibles dans les médias, tant au Canada, qu’au Québec, ne sont pas légion et que les dernières remontent à presque cinq ans.

En 2009, le Conseil des relations interculturelles, aboli depuis et intégré au Ministère de l’immigration, a publié un manifeste pour une représentation et un traitement équitables de la diversité ethnoculturelle dans les médias et la publicité au Québec. Un document qui compile les chiffres les plus récents, mais fait également état du ressenti des membres des minorités quant au traitement qui leur est accordé.

3,4% de non-Blancs

Une enquête réalisée en 2005 par le Conseil de l’industrie des communications du Québec démontre une faible présence des minorités ethnoculturelles parmi les professionnels des communications. À l’époque, 8% seulement des répondants ne sont pas de nationalité canadienne, 6% s’identifient à une communauté culturelle et 3% à une minorité visible. Il n’existe a priori pas de données précises concernant les artisans de l’information plus spécifiquement.

Les données sont légèrement plus précises concernant le Canada, mais là encore elles commencent à dater. En 2000, Florian Sauvageau et David Pritchard de l’Université Laval, établissent que 97,7% des journalistes canadiens, tous médias confondus, sont blancs. Quatre ans plus tard, John Miller de l’Université Ryerson rapporte quant à lui que seulement 3,4% de la main d’œuvre des journaux canadiens est non-blanche… quand les minorités visibles représentent 17% de la population générale. Cette même étude démontre que 59% des publications ont un staff 100% blanc. Dix ans plus tôt, ils n’étaient que 39% dans ce cas.

Une augmentation qui s’explique sans doute par une autre donnée, à savoir que seulement 13,5% des éditeurs considèrent l’augmentation du nombre de journalistes non-blancs comme une priorité. Ils étaient 26,8% à le penser en 1994.

48% de nouvelles négatives

Le Conseil des relations interculturelles a également analysé durant l’hiver 2008-2009, la présence des minorités sur les chaines de télévision francophones.

Il s’avère que dans le téléjournal de la SRC, environ 10,9% des personnes qui apparaissent à l’écran, lecteurs de nouvelles, reporters, experts, témoins, sont identifiées à une minorité culturelle.

La même étude n’a pas été menée pour TVA. Le Conseil fournit une indication de la présence de la diversité à l’écran grâce à l’examen des biographies des «vedettes TVA». Sur les 128 personnalités qui apparaissent sur le site de TVA.Canoe à l’hiver 2008-2009, moins de 10 sont identifiées comme minorités ethnoculturelles, soit 7%.

Une faible présence des communautés culturelles au sein des rédactions, qui aurait des répercussions sur le traitement des sujets. Sur ce point, les études sont plus nombreuses et concluent toutes à une couverture stéréotypée.

Le résultat de l’examen de 600 articles parus en 2008 dans les différents quotidiens québécois démontre que la presse écrite rapporte d’avantage les nouvelles négatives sur les immigrants (48%), que positives (29%) ou neutres (23%).

Arrêter de focaliser sur le parcours migratoire

Le risque, c’est que les communautés, qui représentent une part de plus en plus grande de la population québécoise, se détournent des médias d’ici. À l’époque de la publication du rapport du Conseil des relations interculturelles, Patricia Rimok, qui en avait la direction, mettait déjà en garde:

«Les communautés culturelles ne regardent pas les chaînes généralistes et ne lisent pas les grands quotidiens québécois parce qu’ils ne s’y retrouvent pas, estimait-elle. Elles se tournent vers la télévision anglophone ou Al Jazeera, les journaux ethnospécifiques et de plus en plus, la presse de leur pays d’origine, via internet. Il faut absolument arrêter de focaliser sur le parcours migratoire des gens. Les communautés se sentiront concernées lorsqu’elles verront un médecin noir de l’hôpital Notre-Dame leur parler tout naturellement de la grippe H1N1.»

L’article au complet sur ProjetJ.ca au bout de ce lien.

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