L'info internationale réduite à la portion congrue

(Tiré de ProjetJ.ca, le site web de l’Observatoire du journalisme)

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Mercredi 3 avril, 9 h. Alors que le monde entier s'intéresse en premier lieu à la Corée du Nord qui bloque les travailleurs sud-coréens à la frontière, puis aux tirs de roquette de la Bande Gaza en direction d'Israël et enfin à une bombe datant de la Seconde Guerre mondiale retrouvée au centre de Berlin... les médias québécois, eux, font leurs manchettes sur la date limite des transactions dans le LNH, la panne de la veille dans le métro montréalais et Louise Harel, qui annonce qu'elle sera candidate à la mairie en novembre.

Les jours se suivent et se ressemblent dans le « top 3» réalisé chaque matin par Influence Communications, et chaque fois, c'est le même constat: les nouvelles internationales sont désespérément absentes du classement québécois. « Si vous allez à Rivière-du-Loup et que vous ouvrez un journal, vous aurez principalement des informations locales, des faits-divers et du sport, remarque Jean-François Dumas, président d'Influence Communications. Eh bien, médiatiquement parlant, le Québec, c'est un gros Rivière-du-Loup. Pour qu'une nouvelle intéresse nos médias, il faut une proximité physique, géographique ou émotive, ce qui fait que la plupart du temps, les deux thèmes qui sont les moins relayés, c'est ce qui se passe ailleurs au Canada et ailleurs dans le monde. »

Selon les chiffres 2012 de l'État de la nouvelle au Québec, bilan publié chaque année par Influence Communications, l'information internationale occupe 0,54% de toute la place consacrée aux nouvelles dans les médias. Un secteur qui se positionne en avant-dernier, les nouvelles pancanadiennes lui soufflant la dernière place. « Les années 2010 et 2011 avaient été de très bons crus, précise M. Dumas. Il y avait eu notamment le séisme en Haïti, le tsunami au Japon, le printemps arabe, etc. Mais la moyenne se situe à 1,62%... quand pour la même période, le Canada consacre 10,04% de son temps médiatique à l'international, et le monde, 12,77%! En fait, notre écosystème médiatique est basé sur les mêmes valeurs, les mêmes principes que celui d'une région, non d'une nation. »

Manque de moyens?

Autre constat, 82% des nouvelles internationales au Québec proviennent de deux sources: La Presse et toutes les plateformes de Radio-Canada, tant dans les téléjournaux, les émissions qui leur sont exclusivement consacrées et les grands reportages. Ailleurs, c'est le désert.

« On me répond souvent à cela que nos médias privés n'ont pas les moyens d'envoyer quelqu'un sur place, confie Jean-François Dumas. Mais est-ce-que tous les journalistes qui parlent du match du Canadien de la veille étaient au Centre Bell? Certainement pas. Ils peuvent pourtant commenter les images. C'est très grave parce que dans l'esprit des gens, l'importance d'un phénomène de société est proportionnelle à sa médiatisation, poursuit-il. Autrement dit, parce que c'est sur la une de La Presse, c'est important. Donc si les médias n'en parlent pas, c'est que ça va bien ou que c'est réglé. Ça distorsionne notre vision du monde. On juge l'état de notre planète en fonction du travail des médias. Il n'y a rien de plus faux! Ce matin, on n'a pas parlé des problèmes dans le secteur de la santé et pourtant, ça ne va pas mieux dans les urgences. »

On parle peu de Syrie, de la Corée du Nord, ni des inondations en Argentine. On ne parle d'ailleurs plus beaucoup non plus de ce pape argentin depuis que Monseigneur Ouellet a perdu la course à la papauté. « On perd "Une heure sur terre", on perd encore une heure d'informations internationales, se désole Jean-François Dumas. Déjà qu'on en n'avait pas beaucoup! »

À quand un nouveau Point de mire?

Jean-François Lépine ne reviendra donc pas à la rentrée, Radio-Canada l'a annoncé la semaine dernière. La case sera occupée par une émission d'affaires publiques animée par Anne-Marie Dussault, émission consacrée, selon le communiqué, «aux sujets qui touchent le public»... Quid de l'international?

Il y a quelques années, le réseau public fermait déjà ses deux bureaux en Afrique et en Amérique du Sud et rapatriait ses correspondants à Montréal. «Le risque, c'est le repli de notre société québécoise sur elle-même, assure M. Dumas. Une analyse partagée déjà en 2007 par Kathia Legaré, doctorante au département de sciences politiques à l'Université Laval.

Dans un article publié dans les colonnes du Soleil, elle revenait sur l'émission Point de mire, animée dans les années 50 et 60 par un certain René Lévesque, ex-reporter de guerre. «Cette émission populaire de grande qualité a été élevée au rang de symbole de l’ouverture du Québec sur le monde, alors que cédaient les gonds de la société traditionnelle, estimait-elle, avant de conclure par: «Vivement un nouveau Point de mire offrant au grand public l’accès, au-delà des clichés habituels, à des analyses de qualité de l’actualité internationale!» Une prière qui n'aura pas été entendue.

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