France Télévisions : l’indépendance a un prix

(Tirée du magazine Libération)

Par Rémy Pflimlin, président-directeur général de France Télévisions

Prolongeant la mobilisation de nombreux dirigeants politiques, les eurodéputés viennent d’exprimer massivement leur attachement à l’exception culturelle. En France, la ministre de la Culture place sous le signe du dialogue la modernisation de l’audiovisuel en organisant leurs assises aujourd’hui, jour où elle présentera en Conseil des ministres un projet de loi relatif à l’indépendance du service public. Dans le contexte actuel de crise et d’effacement des frontières, qui tend à la fragiliser, l’offre du service public est plus que jamais essentielle à la diversité et à la richesse de notre environnement audiovisuel; elle doit être consolidée. Or, la France a encore du chemin à faire par rapport à ses grands voisins européens. Dirigeants et collaborateurs de l’audiovisuel public attendent donc beaucoup de la dynamique engagée ce jour, dans l’intérêt de nos concitoyens, de notre création et de son économie, et de notre démocratie. Car il est patent que l’audiovisuel public joue un rôle de colonne vertébrale de l’exception culturelle. France Télévisions verse près de 750 millions d’euros par an au profit de la création et des créateurs, directement ou par ses contributions aux sociétés de gestion collective des artistes et au CNC. Loin devant Canal +, dont le rôle dans le cinéma est pourtant éminent, et tous les autres diffuseurs réunis.

Avec Arte, l’INA, l’AEF, Radio France, nous formons un pôle audiovisuel public indispensable. Tandis que, malgré les mutations profondes de nos paysages audiovisuels et numériques, en dépit de la force des formats de divertissement et des séries étrangères, nos concitoyens restent fidèles aux offres de la télévision et de la radio publiques, la contribution à l’audiovisuel public - la « redevance » - reste à un niveau sensiblement inférieur à celui que connaissent nos voisins, après avoir été presque gelée pendant la décennie 2000. Et son augmentation pour 2013, qui traduit un effort demandé aux citoyens, a été plus que compensée par une diminution de la subvention budgétaire dont dépend aussi notre financement. Un jeu à somme (au mieux) nulle pour l’exception culturelle, pour la production indépendante et pour les créateurs! L’assiette de la redevance est quant à elle menacée d’obsolescence car liée à la seule possession de téléviseurs sans épouser les usages numériques de plus en plus présents parmi nos concitoyens. Faisons-la évoluer, comme en Allemagne et en Suède, et gageons qu’en modernisant ce pilier du financement de l’exception culturelle, la France confortera les positions qu’elle défend en Europe et face au monde.

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