France : L’éthique en toc de la presse épinglée

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Repris du magazine français Libération

Par Isabelle Hanne

Les Assises du journalisme, qui ont eu lieu récemment à Metz, ont dénoncé le manque de rigueur de l’information. La création d’un conseil déontologique est envisagée.

Ces derniers mois, un chroniqueur littéraire a invité sa compagne dans son émission pour l’interroger sur son dernier roman. Un témoignage d’une fausse mère porteuse a été publié dans un quotidien, et repris dans de nombreux médias. Une photo de déraillement de train en Russie a été utilisée pour illustrer l’accident de Brétigny-sur-Orge. Une chaîne de télé a situé Fort-de-France «à l’étranger», une autre a totalisé pas moins de six erreurs factuelles dans un sujet sur le Venezuela avant les élections. Et la fille d’un actionnaire, alors candidate dans un télé-crochet, a été interviewée par le journal de son père.

Sur la période 2012-2013, la liste des erreurs factuelles et des mauvaises pratiques des médias français est franchement longue.

Présenté aux Assises du journalisme à Metz (Moselle), le premier rapport annuel de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI) livre, sans prétendre à l’exhaustivité, 150 «faits déontologiques». Intitulée «L’insécurité de l’information», cette synthèse salutaire, et sans précédent, pointe du doigt absence de recoupement, suivisme, mises en scène, faux experts, mélange des genres, conflits d’intérêts, poids de l’actionnaire ou déficience de l’encadrement rédactionnel. «Il n’y a pas eu de cas extraordinaires, type Outreau ou le petit Grégory, précise l’historien Patrick Eveno, membre du bureau de l’ODI . Mais toute une série de petites et moyennes infractions.»

«Fracture». Le rapport souligne les conséquences de la précarité du secteur - «Le poids de la contrainte économique entraîne de nouvelles pratiques qui posent questions» - et l’impact des réseaux sociaux et des chaînes d’info qui accélèrent le rythme de fabrication de l’information, et augmentent le risque d’erreurs. Il cite de nombreux exemples, mais ne désigne jamais nommément le média et le journaliste fautifs.

«On ne veut pas être dans la dénonciation. Ce qui nous intéresse, c’est de mettre en exergue les mécanismes à l’œuvre, et de faire prendre conscience à la profession l’importance de la déontologie dans la fabrication de l’information», justifie Didier Epelbaum, ancien médiateur de France 2 et président de l’ODI, association créée il y a un peu plus d’un an qui regroupe 45 personnes physiques et morales, dont des entreprises de presse, des syndicats, des organisations de la société civile…

La défiance du public envers les journalistes n’a jamais été si forte. Selon le baromètre annuel réalisé par TNS-Sofres pour la Croix, et que cite le début du rapport, environ un Français sur deux estime que «les choses ne se sont pas passées vraiment comme le rapportent les médias».«La fracture entre le public et les médias est ancienne en France, explique Yves Agnès, ancien journaliste au Monde et président de l’Association de préfiguration d’un conseil de presse (APCP). Mais c’est un phénomène croissant et spécifiquement français, dont les journalistes et les éditeurs ne mesurent pas forcément l’ampleur.»

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