Charte des valeurs: une couverture équilibrée mais stéréotypée

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du site web ProjetJ.ca une initiative de la Fondation pour le journalisme canadien en collaboration avec des universités canadiennes

Un panel d’enseignants-chercheurs de l’Uqàm s’est penché sur la couverture du projet de Charte des valeurs du gouvernement québécois depuis que l’information s’est retrouvée dans les colonnes du Journal de Montréal à la fin août. Selon eux, le gouvernement a gardé le contrôle de la nouvelle, l’effeuillant bribes par bribes.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Constatation intéressante de la part de Jean-Hugues Roy, ex-journaliste à Radio-Canada devenu professeur à l’École des médias: les trois grands protagonistes de la Charte des valeurs sont tous d’anciens journalistes.

Bernard Drainville, ministre délégué à l’identité et en charge du dossier, ex-journaliste à Radio-Canada passé en politique en 2007. Jean-François Lisée, que nombre d’observateurs désignent comme l’éminence grise du projet de charte, aujourd’hui ministre des relations internationales, mais journaliste pour plusieurs médias québécois et étrangers dans les années 80 et 90. Enfin, Pierre Duchesne, ministre de l’enseignement supérieur du gouvernement Marois, après avoir couvert la colline parlementaire à Québec pour le compte de Radio-Canada.

«Ce sont des gens qui savent très bien comment fonctionnent les médias, estime Jean-Hugues Roy. De ce point de vue, j’ai trouvé très intéressants les rappels historiques faits en début de table ronde, cette sorte de striptease depuis cette fuite d’abord dans le Journal de Montréal, jusqu’à la proposition faite par M. Drainville. Et c’est de cette proposition que l’on nous parle depuis plusieurs semaines. Bientôt, ce sera cristallisé par un projet de loi. Mais rappelons-nous de ça: les gens qui ont créé ce débat connaissent très bien les médias et les journalistes, qui sont leurs anciens confrères.»

Qui instrumentalise qui?

Le panel a effectivement démarré avec un focus sur ce que tous ont appelé le «striptease» de la nouvelle.

«Avec la Charte des valeurs, c’est l’émotivité qui joue, analyse Christian Agbobli, professeur au département de communication sociale et publique. La population ressent des émotions à la vue de la différence, à la vue du voile par exemple. C’est un très bon sujet en termes d’audience. On peut alors se demander si les médias sont instrumentalisés par le pouvoir politique ou s’ils l’instrumentalisent. À l’heure actuelle, nous n’avons pas de projet de loi, pas de document écrit. Nous n’avons qu’une conférence de presse, un site web et des flyers distribués ici et là. Mais on a quand même du striptease, c’est-à-dire que durant tout l’été, ont été dévoilées dans les médias, bout par bout, certaines informations qui se retrouveront peut-être dans le projet de loi.»

De son côté, Nadège Broustau, elle aussi professeure au département de communication sociale et publique, estime qu’en faisant entrer le débat sur la Charte des valeurs québécoises dans les médias, par bribes, en ne donnant que ce qu’il avait envie de donner, le gouvernement a repris le contrôle de l’agenda politique.

«Le projet de loi n’est même pas déposé que déjà le débat est épuisé puisque depuis des mois, nous avons déjà entendu tous les arguments pour et tous les arguments contre, affirme-t-elle. On suit le suspense préparé par le gouvernement actuel. Ce qui n’est pas sans conséquences sur le pouvoir que peuvent avoir les médias et le rôle de contrepouvoir qu’ils doivent ou peuvent jouer. Car comment jouer ce rôle lorsque les autres pouvoirs, exécutif, législatif, judiciaire, n’ont pas encore pris officiellement position et que tout le monde, journalistes et chroniqueurs compris, ne fonde son argumentation que sur des informations très partielles?»

La suite de cet article de ProjetJ.ca au bout de ce lien.

Pour me joindre :

ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc