Blogues et marques, des clics pas nets

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(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Article tiré du site web du magazine français Libération Les blogueurs sont de plus en plus courtisés et payés par les entreprises pour faire la promotion de produits, au risque de flirter avec l’illégalité et de perdre toute crédibilité. Par MICHÈLE FOIN Quand on interroge un blogueur « influent » sur son rapport aux marques,…

(Article tiré du site web du magazine français Libération)

Les blogueurs sont de plus en plus courtisés et payés par les entreprises pour faire la promotion de produits, au risque de flirter avec l’illégalité et de perdre toute crédibilité.

Par MICHÈLE FOIN

Quand on interroge un blogueur « influent » sur son rapport aux marques, il commence par se raidir, puis lâche : « Je vous préviens tout de suite, je ne vous donnerai aucun chiffre sur ma rémunération! » Soupçons et raccourcis sur ces « stars de la blogosphère vendues aux marques » ont laissé des traces… Le blogueur indépendant des premières heures aurait-t-il vendu son âme en se professionnalisant?

« Il ne faut pas faire d’amalgames, tempère Naël Hamameh, directeur associé de You to You, une agence de communication interactive. 99,9% des blogs n’attirent guère plus d’une centaine de visiteurs par mois. » En clair, si plusieurs millions de personnes tiennent aujourd’hui un blog en France, ceux qui peuvent intéresser les marques se comptent plutôt par centaines. Pour ces derniers, la mue vers la professionnalisation s’est faite très rapidement. Ainsi, en à peine trois ans, le blog Presse-Citron d’Eric Dupin a atteint 2 millions de pages vues par mois et est devenu une référence dans le domaine high-tech. La mode est également un créneau porteur. « La blogueuse, c’est la bonne copine virtuelle qu’on consulte en amont d’un achat. En cinq ans, certaines sont devenues de véritables leaders d’opinion », explique Élodie Jacquemond, agent de blogueuses.

À tel point que l’influence des blogueurs les plus connus en terme de prescription d’achat approche désormais celle des médias traditionnels. Selon l’enquête Technorati 2011 sur la blogosphère mondiale, 42% des consommateurs utilisent les blogs comme source d’information… et 30% achètent un produit sur la base des informations qu’ils y ont trouvées.

Publi-reportage

Alors, aujourd’hui, tout est bon pour taper dans l’œil de cette « copine virtuelle ». C’est ce que les agences de com appellent le « marketing d’influence ». Du simple communiqué, à l’envoi de cadeaux, en passant par des événements très selects… jusqu’où sont prêtes à aller les marques pour placer leurs produits sur un blog renommé? « Les entreprises ont tout intérêt à respecter l’indépendance du blogueur si elles veulent créer un affect autour de la marque », estime Alexandra André, présidente de Vecteur d’image, une agence conseil en stratégie d’influence.

Et pourtant, certaines entreprises y vont franco. « On me livre des cadeaux chez moi, sans m’en avertir, et je suis ensuite harcelée pour en parler sur mon blog! » s’insurge Marie (MarieLuvPink). Le blogueur grenoblois Olivier Jadzinski confirme ces pressions. Il a accepté l’invitation d’une grande marque sur un salon parisien dédié à l’électronique, avec transports, repas, et soirées VIP : « Ils ont tout fait pour que je ne puisse pas m’intéresser aux concurrents. L’année d’après, j’ai posé mes conditions. En réponse, la société a accusé réception de mon refus de participer à l’événement. » Mais, selon lui, « d’autres blogueurs rentrent bien vite dans les clous pour continuer à bénéficier des faveurs des marques… » Expert du référencement, Pierre-Henri Bourdeau, de l’agence web Kaliseo, confirme : « L’internaute a encore en tête l’image du blogueur passionné, altruiste, qui écrit des billets à titre personnel. Mais cette image est totalement obsolète pour les plus influents, qui sont devenus de véritables petites entreprises. La majorité de leurs billets colle à l’actualité des annonceurs ou à leurs programmes d’intéressement. »

Or l’indépendance du blogueur, tout le monde a intérêt à ce que le lecteur continue à y croire : les blogueurs qui veulent conserver leur audience comme les marques qui préfèrent une recommandation éditoriale à une publicité. J’ai une audience ciblée, combien tu me paies pour la toucher?

La suite de cet article sur le site du magazine Libération.