Pourquoi croit-on que les médias sont «biaisés»?

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Extrait de la lettre hebdomadaire de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec

L’avalanche de plaintes contre Radio-Canada au sujet de la couverture de la grève étudiante avait interpellé récemment son ombudsman Pierre Tourangeau. Une même journaliste pouvait simultanément être dénoncée comme vendue aux étudiants et vendue au gouvernement. Comment était-ce possible?

Un article du Nieman Lab jette un éclairage scientifique sur ce genre de contradiction si fréquente qu’elle porte même un nom, l’«Effet du média hostile». En bref, nous ne sommes pas aussi intelligents que nous pensons l’être et nous ne sommes pas ces juges impartiaux de la crédibilité et et de l’équité que nous croyons être.

Aux États-Unis, des libéraux et des conservateurs pensent souvent qu’un même reportage est «biaisé» contre leur point de vue. La perception d’un biais, même quand la nouvelle est en sa faveur, est d’autant plus forte qu’une personne s’identifie à un groupe et qu’elle est partisane.

Dans des tests on présente par exemple un même reportage à deux groupes. À l’un on indique qu’il vient de telle source républicaine. À l’autre groupe on dit qu’il vient d’une source démocrate. Ce texte va être jugé très différemment selon la source à qui on l’attribue.

Même lorsque les reportages sont équitables, c’est insuffisant. L’effet du média hostile garantit qu’un certain nombre d’entre eux seront détestés par toutes les parties. L’article conclut en suggérant d’éviter d’axer les reportages sur les identités conflictuelles qui fracturent la société, pour s’appuyer au contraire sur ce qui permet à tous de se voir comme appartenant au même groupe. L’article original du Nieman Journalism Lab au bout de ce lien.