On ne peut rendre les gens bons par décret

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(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Par René Villemure, Institut québécois d’Éthique appliquée « On ne peut rendre les gens bons par décret, » – c’est Oscar Wilde qui le dit… Un nouveau gouvernement, une commission d’enquête sur l’octroi de contrats publics, le témoignage de fonctionnaires véreux aux bulletins de nouvelles de fin de soirée, décidemment, on parle beaucoup d’éthique, à…

Par René Villemure, Institut québécois d’Éthique appliquée

« On ne peut rendre les gens bons par décret, » – c’est Oscar Wilde qui le dit…

Un nouveau gouvernement, une commission d’enquête sur l’octroi de contrats publics, le témoignage de fonctionnaires véreux aux bulletins de nouvelles de fin de soirée, décidemment, on parle beaucoup d’éthique, à ce que l’on dit… Pourtant, et c’est le cas depuis déjà un moment, on parle plus des manquements et des fautes éthiques que d’éthique en soi. « Bien faire » semble toujours unechimère réservée à quelques illuminés. « Avoir l’air de Bien faire » est pluspopulaire…

À force de ne parler que des manquements, d’instrumentaliser l’éthique ou de réduire celle-ci à une structure administrative (fut-elle une infrastructure de l’éthique) on manque le but, on banalise le sujet, on le vide de sa substance, de son sens alors que c’est justement le sens qui manque au discours sur l’éthique.

Le sens, c’est la direction, c’est la sensibilité, c’est le chemin. L’absence de sens, c’est l’égarement, l’inconduite et la faute.

L’éthique est une réflexion qui propose de chercher le sens à donner à uneconduite. Curieusement, dans cet effort de recherche de sens, plusieurs vident l’éthique elle-même de son sens en la réduisant à une structure (fut-elle infra) ou à un effort de surveillance, si nécessaire soit-il. Vidée de son sens, l’éthique n’est plus que du markethique. Elle vend une illusion d’un monde honnête; pire encore, elle n’est plus qu’esthétique, elle vend l’illusion d’un monde plus beau. Sans le sens, comment l’éthique peut-elle suggérer une direction?

C’est ici que les Athéniens s’atteignirent, disait le calembour. Ne sachant que dire ou que penser de l’éthique, on n’évoque plus que la négligence éthique, c’est plus simple. Réduisant l’éthique à la négligence, on entend remédier à ces négligences en surveillant et en promettant de punir les « inéthiques », nouveau nom donné aux hérétiques d’autrefois.

Inévitablement, certains trouveront indélicat de faire référence à la nécessité d’une réflexion sur le sens et sur la culture alors que les scandales sont légion. Relativisons un peu la situation, les scandales sont spectaculaires, certes, ils font les manchettes mais, rappelons-le, il y a plus de fonctionnaires honnêtes que de fonctionnaires véreux; il y a plus de fournisseurs intègres que de fournisseurs fraudeurs. Ainsi, réduire l’éthique à la faute est une plus grande faute encore.

À force de proposer et d’imposer des dispositifs de contrôle et de surveillance, on incite les citoyens à la méfiance. Bien sûr, certains de ces dispositifs sont nécessaires, ils font incontestablement partie de la solution mais, comme pour un code d’éthique, ils ne sauraient constituer l’ensemble de la solution. L’éthique est affaire de culture, ne l’oublions jamais. Un dispositif de surveillancene saurait à lui seul assurer l’éthique d’une société. On ne peut rendre les gensbons par décret, disait avec justesse Oscar Wilde. Il avait raison.

Les infrastructures de l’éthique, sans l’effort de migration culturelle qui doit lesaccompagner, demeureront vides de sens et ne pourront faire qu’illusion. Ces infrastructures donneront, à ceux qui aimeraient mieux ne pas en parler, le sentiment, faux, d’un monde éthique.

N’oublions jamais qu’il demeurera toujours plus facile ou moins exigeant de surveiller que de penser; sachons aussi que la conformité n’a jamais engendré un monde meilleur.