La presse d’affaires : au service de la finance? ou du public?

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(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Sous la plume de Dean Starkman, dans le Columbia Journalism Review, une question qui se pose avec encore plus d’acuité depuis la crise financière de 2009 : la presse économique et d’affaires est-elle un haut-parleur de la finance ou un chien de garde des intérêts des citoyens qu’elle est censé informer? Joue-t-elle vraiment son rôle? Et…

Sous la plume de Dean Starkman, dans le Columbia Journalism Review, une question qui se pose avec encore plus d’acuité depuis la crise financière de 2009 : la presse économique et d’affaires est-elle un haut-parleur de la finance ou un chien de garde des intérêts des citoyens qu’elle est censé informer? Joue-t-elle vraiment son rôle? Et quel est ce rôle, au juste? La presse spécialisée dans ce secteur d’activités a connu une croissance fulgurante au cours des vingt dernières années. Aux États-Unis, comme au Canada, les sections consacrées dans les journaux à l’économie et à la finance ont grossi, les publications d’affaires se sont creusé des niches, les chaînes spécialisées d’information continue et les sites web consacrés à la bourse et au monde financier se sont multipliés.

Alors, comment se fait-il qu’aucun de ces médias, ni aucun de leurs journalistes, par ailleurs bien informés, qui multiplient les exclusivités sur la moindre fusion ou acquisition d’entreprises n’aient rien vu venir de la crise des subprimes aux États-Unis? Des problèmes de Goldman Sachs? Rien entrevu de la comptabilité « créatrice » de la Grèce? Et tout le reste? Starkman pointe certaines pratiques des journalistes économiques, une certaine routine qui les confinent au flot quotidien des annonces gouvernementales et corporatives dans lequel ils trouvent amplement matière à confidences et à nouvelles exclusives pour alimenter la chronique et leurs chroniques. Ce faisant, ils s’évitent la tâche plus ardue de fouiller le fonctionnement des entreprises et des institutions, et de mettre le doigt sur les problèmes systémiques qui les confrontent.

Étonnamment, alors que le journalisme d’affaires ou économique ou financier n’a jamais été si développé, il ne parvient pas à s’enfoncer sous la surface et à offrir une couverture en profondeur des phénomènes économiques.