L’étude anti-OGM : comment s’assurer des médias favorables

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(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Article tirée du site web de l’Agence Science Presse — Par Pascal Lapointe Si un chercheur m’offrait de lire son étude avant qu’elle ne soit publiée, de manière à ce que je puisse être parmi les premiers à en parler, mais qu’il y ajoutait une clause interdisant de parler à d’autres experts, je refuserais. Voici…

(Article tirée du site web de l’Agence Science Presse)

Par Pascal Lapointe

Si un chercheur m’offrait de lire son étude avant qu’elle ne soit publiée, de manière à ce que je puisse être parmi les premiers à en parler, mais qu’il y ajoutait une clause interdisant de parler à d’autres experts, je refuserais. Voici pourquoi.

Dans cette grosse histoire sur l’étude anti-OGM parue cette semaine, il y a un aspect que j’ai laissé de côté dans mon article, parce qu’il ne me semblait d’abord d’intérêt que pour les journalistes : l’étrange embargo imposé aux journalistes français qui ont eu accès à cette étude avant sa sortie. Mais cet aspect méconnu mérite une petite place dans ce blogue-ci, consacré aux médias.

Qu’est-ce que l’embargo? Les plus prestigieuses des revues scientifiques, comme Nature ou Science, offrent aux journalistes de lire leur contenu une semaine avant publication. Cela leur permet de préparer leurs articles à l’avance : lire l’étude, chercher des infos complémentaires… ainsi que, eh oui, interroger d’autres chercheurs, y compris des chercheurs qui risquent d’être critiques. Nature, Science et les autres n’ont rien contre, puisque c’est ainsi que fonctionne la science : recherche publiée, recherche critiquée. La seule condition imposée aux journalistes est de ne pas publier leur reportage avant que l’étude ne soit elle-même parue (et même ça, ça provoque des débats).

D’apprendre, mercredi dernier, que l’équipe de Gilles-Eric Séralini —et non la revue Food and Chemical Toxicology, où est parue cette étude — avait imposé aux journalistes français et britanniques « choisis » une interdiction de parler à d’autres experts, m’avait choqué. Mais je craignais que ce ne soit là une tendance de l’embargo, ces dernières années, qui m’avait jusque-là échappé, et que Séralini, ou ceux orchestrant ses relations publiques, n’avaient rien inventé.

Or, c’est bien du jamais vu, ou presque. Ce vendredi, le blogueur américain Ivan Oransky, d’Embargo Watch — oui, il existe un blogue spécialisé sur ça— a découvert cet aspect de l’affaire, et s’en est scandalisé.

C’est un abus scandaleux du système d’embargo — qui, après tout, est une entente entre deux parties. Une des principales raisons pour les embargos — si vous acceptez la parole des revues — est de donner aux journalistes davantage de temps pour écrire de meilleures histoires. Vous y parvenez, en partie, en parlant à des experts extérieurs. Et les scientifiques — ceux, du moins, intéressés par la science, et non par la publicité et les objectifs politiques — devraient accueillir cette forme d’examen.

Le journaliste scientifique Carl Zimmer — 12 livres, pigiste pour le New York Times, National Geographic, Scientific American et autres — s’est mis en colère : C’est une façon âcre, corrompue, de parler de la science. C’est mauvais pour le scientifique impliqué, mais nous journalistes devons admettre que c’est également mauvais pour notre profession. (…) Si quelqu’un vous fait signer un accord de confidentialité, de sorte que vous n’aurez d’autre choix que de produire un article unidimensionnel, fuyez. Autrement, vous vous faites manipuler.

La suite de cet article fort intéressant sur le site de l’Agence Science Presse.