Écrire pour une marque, est-ce du journalisme?

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(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Chronique de Nathalie Collard, tirée du quotidien La Presse

Nathalie Collard

C’est le Globe and Mail qui a attiré l’attention sur cette troublante tendance (qui n’est pas si nouvelle, soit dit en passant) il y a quelques mois : de plus en plus d’entreprises embaucheraient des journalistes professionnels pour rédiger des reportages publiés sur leur site web.

L’objectif est d’attirer sur leur site les internautes qui sont en mode recherche sur Google. Dans le cas des magazines corporatifs, l’objectif est d’offrir un contenu informatif (pensons au magazine En Routeou à Cellier de la SAQ) qui placent le consommateur dans le contexte de la marque, mais sans lui donner l’impression qu’il lit un dépliant publicitaire. En anglais, on appelle cela le branded journalism, une expression qu’on pourrait traduire par « journalisme de marque », par opposition à « journalisme traditionnel » ou « journalisme critique ».

D’un point de vue strictement d’affaires, l’idée est astucieuse. Mais d’un point de vue purement journalistique, elle soulève de nombreuses questions. Ces textes écrits par d’anciens journalistes professionnels et qui ressemblent à des textes journalistiques en sont-ils vraiment?

Certains disent que oui, mais il est permis (et même fortement conseillé) d’en douter. Quand Cisco (c’est l’exemple donné dans le texte du Globe and Mail) embauche un journaliste expérimenté afin d’écrire sur la technologie pour le site corporatif, peut-on vraiment parler de journalisme? Au fond, ne sommes-nous pas face à de la bonne vieille communication corporative, à des relations publiques déguisées sous forme de reportage?

Certains estiment qu’il n’y a pas vraiment de différence entre le journaliste qui accepte d’être payé par une entreprise comme Cisco pour écrire sur son site web et le journaliste qui travaille pour NBC, filiale de General Electric. Dans les deux cas, ultimement, le journaliste est payé par une grande corporation.

Ce qu’on oublie de dire c’est qu’une entreprise médiatique doit répondre à certains critères et que ses journalistes sont soumis à un code de déontologie. Le journaliste travaille pour informer le public, le rédacteur travaille d’abord pour son employeur.

Vous ne trouverez jamais un article critiquant Air Canada dans le magazine En route, tout comme vous ne trouverez pas d’articles assassins sur le vin dans le magazine Cellier de la SAQ. Voilà pourquoi il faut parler de rédaction professionnelle ou de rédaction corporative et non de journalisme…

La suite de l’article de Mme Collard sur le site web de La Presse.