Diffuser des SMS privés : d’accord si…

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du site internet du Conseil de déontologie journalistique de Belgique

Jean-Pierre Borloo

Le tout récent livre du correspondant de Libération à Bruxelles, Jean Quatremer, « Sexe, mensonges et médias » transgresse un tabou : il aborde la vie privée et même la sexualité de personnalités politiques. L’auteur s’en explique abondamment (1). En même temps, en Belgique un récent avis du Raad voor de journalistiek (le Conseil de déontologie néerlandophone) a également abordé cette question.

En effet, le 21 juin 2011, le magazine néerlandophone Story barrait sa Une d’un titre accrocheur, sous un bandeau « Exclusif ! » : « Les 849 SMS piquants de Leterme à sa maîtresse ». Deux sous-titres précisaient le sujet : « La vérité cachée de ses mystérieux messages Twitter » et « Sa maîtresse : ‘Yves est intervenu pour moi auprès des Affaires étrangères’ ». L’article a fait grand bruit dans tout le pays, en raison du contenu du message mais aussi par rapport aux méthodes journalistiques utilisées. A tel point que la VVJ, l’union professionnelle flamande des journalistes, a interpellé le conseil flamand de déontologie. L’avis du Raad voor de Journalistiek condamne partiellement l’usage qui a été fait de ces SMS issus de la sphère privée.

Données privées mises en balance

A l’aune de cette publication, la VVJ voulait être éclairée sur ce qui permet à un journaliste de dévoiler certains éléments de la vie privée. Par exemple : quels rapports à un intérêt public permettent-ils de lever l’interdiction ?

Après de laborieux débats qui ont permis au magazine Story de se justifier, leRaad a rendu un avis. Celui-ci rappelle le principe du respect de la vie privée, même des mandataires publics. Mais si des éléments de la vie privée d’un homme politique, par exemple, ont un impact sur la vie publique, le journaliste peut en faire état s’il y a une relevance sociétale. Les données privées doivent alors être mises en balance avec ce fameux intérêt public, et la démarche appréciée au cas par cas. Autres questions : quelle communication, dès lors, ne rencontre-t-elle pas cet intérêt sociétal ? Et de quelle manière la divulgation de SMS privés d’une personnalité publique peut-elle, en soi, rencontrer un intérêt public ?

L’avis du Conseil précise qu’il est admissible de parler de la sphère privée du Premier-ministre, qui s’est d’ailleurs lui-même exposé sur ce terrain-là avec des « tweets » personnels divulgués par erreur. Mais l’approche ne doit pas être uniquement anecdotique, elle doit revêtir un intérêt public ou montrer l’implication de ces SMS dans la vie publique. L’article au complet en suivant ce lien.