DĂ©bat sur les nouvelles Ă  Radio-Canada Acadie

Sommaire

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

reproduit de ProjetJ.ca, site web de l’Observatoire du journalisme — La nouvelle orientation de Radio-Canada Acadie ne fait pas l’unanimité. Dans un article publié dans l’Acadie Nouvelle, les professeurs de l’Université de Moncton Chedly Belkhodja, du Département de sciences politiques, et François Giroux, responsable du programme d’information-communication déploraient le ton et la forme de reportages de…

(reproduit de ProjetJ.ca, site web de l’Observatoire du journalisme)

La nouvelle orientation de Radio-Canada Acadie ne fait pas l’unanimité. Dans un article publié dans l’Acadie Nouvelle, les professeurs de l’Université de Moncton Chedly Belkhodja, du Département de sciences politiques, et François Giroux, responsable du programme d’information-communication déploraient le ton et la forme de reportages de la société d’état. Suite à leur témoignage, Marc Bastarache, professeur à la Cité collégiale d’Ottawa leur a répondu dans une lettre ouverte, toujours dans le même journal.

ProjetJ republie ce débat (normalement seulement disponible sur abonnement) avec la permission de l’Acadie Nouvelle et de M. Bastarache.

L’Acadie Nouvelle
Actualités, samedi 17 novembre 2012, p. 2
Malaise autour du traitement de la nouvelle à Radio-Canada Acadie
Par David Caron

CARAQUET – Des personnalités connues du milieu universitaire acadien reprochent à Radio-Canada Acadie de déformer leurs propos en entrevue et de maltraiter les faits.
Au cours des derniers jours, l’Acadie Nouvelle a reçu des lettres de professeurs de l’Université de Moncton, Chedly Belkhodja, professeur au Département de sciences politiques, et François Giroux, responsable du programme d’information-communication.

Chedly Belkhodja, qui se spécialise dans la recherche sur l’immigration et la diversité culturelle, avait notamment été appelé à commenter un dossier ayant pour thème le racisme en Acadie du Nouveau-Brunswick.
Il accuse le réseau régional d’avoir fait une «présentation réductrice» de ses propos et d’être revenu constamment à la charge sur la question «des méchants racistes» en Acadie.

«À la suite du visionnement, je me suis dit que les règles du jeu avaient changé et que, tristement, le métier de journaliste consistait à faire du spectacle, à chercher à produire du débat», écrit-il.

François Giroux, du programme d’information-communication, a également écrit une lettre à la section Mon opinion pour faire un reproche semblable.

Dans son cas, on lui avait demandé d’intervenir dans un reportage consacré au fait que les articles touchant le bilinguisme chez Brunswick News devront être approuvés par la haute direction. Dans le reportage, le journaliste en question souligne que la décision de Brunswick News «aura un impact autour de la question du bilinguisme».

«Le choix d’extraits de l’entrevue que j’ai accordée et la façon dont ils ont été présentés déforment complètement ma pensée. Comme je l’avais clairement indiqué au reporter, ce qui appauvrit le débat n’est pas la vérification des articles par un rédacteur en chef, car rares sont les journalistes qui ne doivent pas faire autoriser leurs textes par le rédacteur en chef ou le chef des nouvelles. C’est plutôt le monopole de la presse écrite qu’exerce Brunswick News, propriété d’Irving», peut-on lire dans la lettre de M. Giroux.

Bien que M. Giroux reconnaisse que ce sont loin d’être tous les journalistes et toutes les émissions qui en sont coupables, il croit qu’il est évident que le ton dans les reportages et les entrevues proposés par Radio-Canada Acadie est de plus en plus agressif.

«C’est évident qu’il y a des nouvelles qui sont bien correctes, pertinentes et bien rapportées, mais il arrive qu’il y ait des nouvelles un peu trop sensationnelles. C’est en ce sens qu’il y a une certaine agressivité qui transparait dans des reportages et aussi dans des entrevues en studio», explique le professeur en journalisme.

«Est-ce une bonne chose ou une mauvaise chose? Il y a des cas où le journaliste doit être agressif quand l’invité ne veut pas répondre, quand il patine ou quand il désinforme, mais j’ai aussi vu des cas où c’était du monde qui semblait très bien intentionné et bien répondre. Disons qu’on poussait le ton de l’entrevue vers quelque chose d’un peu plus agressif qui n’était plus trop respectueux finalement. On coupe l’invité, on insiste sur des points qui paraissent plus croustillants. Il faut faire attention à ça», indique-t-il.

Sans désigner quiconque, François Giroux a l’impression que ce virage découle des changements effectués plus tôt cette année à la direction de Radio-Canada Acadie et au poste d’animateur au Téléjournal Acadie, sans oublier les compressions budgétaires imposées par le gouvernement fédéral.

«Je suis un ancien de Radio-Canada, j’y ai travaillé pendant plus de 20 ans et c’est évident que le discours à l’interne est différent. Sans dire que ce sont des gens qui ne pensent qu’à la cote d’écoute, c’est évident qu’elle est importante, car elle vend de la publicité qui est nécessaire pour le financement. À ce moment-là, on a peut-être tendance à vouloir prioriser des nouvelles plus sensationnelles, mais c’est loin d’être le cas pour tout ce qui est produit à la télévision ou la radio de Radio-Canada», explique M. Giroux.

«Mais, il arrive parfois certains incidents, qui montrent qu’il y a une perte d’objectivité», dit-il.

Lorsqu’il a pris la barre du Téléjournal Acadie en janvier 2012, Martin Robert avait promis de présenter l’émission d’une nouvelle façon en tenant compte des trois «c»: contenu, converses et convivialité.

«Nous voulons générer davantage de contenu au Téléjournal et être peut-être moins à la remorque des conférences de presse ou de ce que l’actualité veut bien nous donner», avait-il précisé.

Le nouveau chef des nouvelles, Philippe Ricard, avait annoncé de son côté que son équipe allait désormais «poser les vraies questions».

Lettre de Marc Bastarache

Le débat sur la qualité journalisme à Radio-Canada/Acadie provoqué par le texte de David Caron dans l’Acadie Nouvelle du samedi 17 novembre fait maintenant les choux gras des internautes. La nouvelle ou pseudo-nouvelle faisait suite aux doléances de deux professeurs de l’UdeM publiées sous la rubrique « opinions du lecteur » du quotidien acadien.

Messieurs Belkhodja et Giroux se plaignent notamment que leurs propos sont déformés par un journaliste en quête de sensationnalisme. Alerté le directeur de la SRC, Richard Simoens, a vérifié et n’a rien trouvé d’anormal. Le débat ne s’arrêta pas là !
La vérité, et ici, François Giroux et Chedly Belkhodja ont raison, c’est que le style et le ton radio-canadien ont changé depuis le départ de l’animateur Abbé Lanteigne et l’arrivée des Cormier, Simoens et Ricard à la direction de la station régionale. Mais, inconsolables depuis le départ d’Abbé, l’homme le plus sympathique en Acadie, les internautes, se sentant épaulés par des profs universitaires, ne se gênent plus pour attaquer l’animateur Martin Robert. On le trouve trop agressif, peu respectueux de ses invités et alarmiste – on lui reproche même d’être Québécois, ainsi de ne pas comprendre les aspirations des Acadiens.

Il y aurait trop de journalistes québécois en Acadie d’ailleurs (une remarque que l’on entend souvent). Il faut croire que les étudiants acadiens de l’UdeM ne choisissent pas cette discipline. M. Giroux va y voir !

Pour ma part, je me réjouis de la nouvelle approche journalistique de la station régionale. Je ne dois pas être le seul puisque les cotes d’écoute augmentent. C’est le style que j’ai favorisé comme réalisateur pendant 25 ans. Je crois en effet que les journalistes doivent « conforter les inconfortables et « déconfortés » les confortables », surtout ceux qui abusent de leur pouvoir. C’est un des rôles des médias. Les médias doivent aussi agir comme chien de garde de la société et aboyer haut et fort lorsque la situation l’exige même si cela dérange les élites. Poser les bonnes questions ce n’est pas du sensationnalisme, interrompe les invités qui tentent de s’esquiver, ce n’est pas de l’impolitesse, dire la vérité au lieu de pratiquer un journalisme de courbette c’est faire son métier comme il doit être fait, n’en déplaise aux nostalgiques.

Pas facile non plus de parler des institutions acadiennes et de poser les questions que tout le monde se pose. J’en sais quelque chose mais je comprends aussi que l’on ne veuille pas que « l’histoire passe mal ». Les journalistes et les hommes et femmes politiques ont un rôle à jouer dans une société démocratique. Chacun a sa part de responsabilité et l’on ne peut se passer l’un de l’autre. Aujourd’hui, les jeunes journalistes, pas seulement ceux de Radio-Canada, mais également ceux et celles de l’Acadie Nouvelle, de l’Étoile des radios communautaires etc. font bien leur travail. Ils sont mieux formés que nous l’étions à nos débuts, ils et elles sont dynamiques, rigoureux et infatigables. Ils et elles ne termineront pas tous leur carrière en Acadie.

Peut-on les blâmer ?