DÉBAT : en marge des audiences du CRTC sur Radio-Canada : Québec-centrisme ? OUI, selon le sénateur Pierre de Bané ; NON, selon le chercheur Marc-François Bernier

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(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Résumé de la position du sénateur libéral Pierre de Bané par le journaliste Bruce Cheadle de la Presse Canadienne Une critique de longue date du «Québec-centrisme» des services d’information de langue française de Radio-Canada a refait surface alors que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) examine la demande de renouvellement…

Résumé de la position du sénateur libéral Pierre de Bané par le journaliste Bruce Cheadle de la Presse Canadienne

Une critique de longue date du «Québec-centrisme» des services d’information de langue française de Radio-Canada a refait surface alors que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) examine la demande de renouvellement de licence du diffuseur d’État.

Le sénateur Pierre de Bané, un ancien ministre au sein du gouvernement Trudeau, a commandé une étude exhaustive qui laisse supposer que les téléspectateurs québécois pourraient être exposés à une «vision non représentative de la réalité canadienne».

Un échantillon de bulletins du Téléjournal datant de 2010, recueilli par un chercheur de l’Université Carleton, a permis de découvrir que 42 pour cent des nouvelles se concentraient sur le Québec, un tiers des nouvelles touchaient plutôt la scène internationale, et que seuls 20 pour cent s’attardaient aux nouvelles nationales canadiennes.

Les nouvelles régionales se concentrant sur les 11 autres provinces et territoires représentaient moins de six pour cent du contenu du Téléjournal sur une période d’un mois.

En comparaison, l’émission The National, diffusée sur les ondes de la CBC, consacrait 37 pour cent de sa programmation aux nouvelles nationales, 36 pour cent aux événements internationaux et les 27 pour cent restants aux provinces et territoires.

Et avec pratiquement autant de journalistes au sein du Service français que dans l’ensemble du réseau anglais de la Société d’État, M. De Bané dit être incapable de comprendre pourquoi Le Téléjournal et Radio-Canada ne couvrent pas davantage l’ensemble du pays.

La suite de l’article sur le site du quotidien La presse.

Le point de vue du professeur Marc-François Bernier, titulaire de la Chaire de recherche en éthique du journalisme de l’Université d’Ottawa

Le sénateur libéral Pierre de Bané fait un procès injuste à Radio-Canada quand il affirme que la société d’État ne rempli pas son mandat, sur la base d’une enquête qui ne concerne qu’une toute petite portion de sa production en information et affaires publiques.

Ce procès, il compte le faire dans le cadre des audiences publiques du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) qui débutent la semaine prochaine, en vue de renouveler les licences de Radio-Canada/CBC. De nombreux mémoires témoignent des passions, parfois justifiées mais parfois excessives et partiales, que suscite le diffuseur public.

Le mémoire du sénateur De Bané a déjà retenu l’attention médiatique en raison d’une analyse de contenu du Téléjournal. Mais en réalité, une grande partie de ce mémoire est basée sur une faille logique, celle qui consiste à attribuer à un toutes les propriétés d’une de ses parties. Dans le cas de Radio-Canada, cela consiste à porter un jugement global à partir d’un échantillon non représentatif de l’ensemble de sa programmation.

En effet, l’analyse de contenu de Vincent Raynauld (doctorant à l’École de journalisme et de communication de l’Université Carleton, à Ottawa) sur laquelle le sénateur fonde une grande partie de son intervention ne concerne que le Téléjournal. Il s’agit en réalité d’une toute petite proportion de ce que Radio-Canada diffuse quotidiennement en matière d’information et d’affaires publiques, aussi bien à la télévision, qu’à la radio et sur son site Internet. Cela ne tient pas compte de ses bulletins régionaux, notamment.

Un marché francophone

Il ne fait pas de doute que le Téléjournal est principalement orienté vers le marché québécois et en cela il n’y a pas lieu de remettre en cause les conclusions du chercheur. D’autres enquêtes avaient donné des résultats similaires par le passé. Il va de soi que le Téléjournal est centré sur le Québec où se trouve la grande majorité de son public, et encore plus sur Montréal, au détriment des régions.

Mais à partir de cette analyse d’une seule émission, on ne peut pas, comme le prétend pourtant le doctorant, chercher à déterminer si Radio-Canada remplit pleinement son mandat qui est de « refléter la globalité canadienne et rendre compte de la diversité régionale du pays, tant au plan national qu’au niveau régional, tout en répondant aux besoins particuliers des régions ” » (p. 1). Il faudrait pour cela analyser l’ensemble de sa production quotidienne, nationale, provinciale et régionale pour juger du respect de son mandat. Ceci serait un travail colossal.

La suite du texte du professeur Bernier sur ProjetJ.ca, le site de l’Observatoire du journalisme.