Capitaine Éthique, sauvez-nous…!

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Chronique de René Villemure, dans le dernier bulletin en ligne de l’Institut québécois d’éthique appliquée

Il est impossible de comprendre et de punir à la fois

- Paul Valéry

L’actualité est tenace : de manière quotidienne, elle nous propose ou nous lance au visage des manquements (allégués) à l’éthique et propose ou commande l’intervention d’un commissaire à l’éthique, d’un commissaire aux conflits d’intérêts ou à la déontologie comme si ces derniers étaient, soudainement, devenus les nouveaux héros des temps modernes.

On croit qu’une dépense ministérielle est injustifiée ? On appelle Capitaine Éthique. Un élu connaît un entrepreneur? On appelle de nouveau Capitaine Éthique… Depuis quelque temps, on constate le recours quasi-automatique à la figure mythique du héros ou du justicier, dorénavant incarnée par ces commissaires à l’éthique ou aux conflits d’intérêts. Depuis que les élus ne sont plus des héros, on recherche ailleurs ces mêmes figures héroïques qui sauront « redresser les torts »… Rappelez-vous, il y a quelques années, lorsque la fonction de « Vérificateur général » a migré du concept classique de vérificateur à celui de héros. En toutes circonstances, on exigeait l’intervention, quasi-divine, du vérificateur général. Celui-ci avait la lourde responsabilité de « retourner la société du bon bord »… Malgré ses qualités indéniables, c’était beaucoup demander à un vérificateur… La même chose pourrait être dite pour l’éthique et ses Capitaines…

Après avoir épuisé les recours aux vérificateurs, les élus et les médias sont à la recherche d’un nouveau redresseur de torts qu’ils appellent dorénavant « Commissaire à l’éthique », et ont ainsi recours au concept d’éthique de la mauvaise manière dans les mauvaises circonstances et, souvent, pour les mauvaises raisons.

Il faut avant tout comprendre que l’éthique ne saurait être réduite à une fonction de « surveillance et de punition ». L’éthique est une réflexion qui vise à décider avec justesse dans l’incertitude; l’éthique se situe en amont d’une décision. Après la décision, s’il y a une plainte et que la personne visée est assujettie à un code de déontologie, c’est alors le déontologue qui devra enquêter et évaluer si la conduite de la personne était conforme aux règles contenues dans le code. En cas d’infraction, le déontologue appliquera la sanction prévue dans le code de déontologie.

L’éthique inspire et guide, la déontologie surveille et punit. Ces deux éléments constituent les deux faces du « Bien faire » moderne; réduire l’une à l’autre ne rendrait justice à aucune.

Alors, plutôt que de réclamer a posteriori l’intervention divine d’un « Capitaine Éthique » ou de tout autre héros, réfléchissons un peu plus à nos choix politiques et choisissons des individus dignes de confiance, porteurs d’idées et d’une vision du monde plutôt que des porteurs d’intérêts privés.